Ultracyclisme par la route des Hautes Alpes 2017 – 1150km – 28000 d+

En juillet 2017, au sortir de trois cyclosportives de haute montagne: Le prix des rousses, la Marmotte et la Pra-Loup Thevenet ayant chacune permis de retrouver un coup de pédale d’altitude mais aussi un peu de foncier, nous nous sommes lancés dans une ultra-longue distance en solitaire (ici comprendre sans assistance et en totale autonomie, car nous étions deux 😀 ) avec mon pote de défis, FX.  C’est ensemble que l’on a passé le Galibier à 20h après 4 cols par un temps de tempête et à côté de névés de neige de 2 mètres, c’est ensemble qu’on a fait la Marmotte, ensemble qu’on va refaire les 7 majeurs, donc ensemble qu’on a fait cette ultra, et c’est surtout ensemble qu’on se lance chaque année dans des défis de plus en plus absurdes. J’y reviendrai plus tard.

J’avais fait deux articles sur le Prix des rousses et sur la Marmotte car je voulais retranscrire le niveau et l’atmosphère au sein de ces cyclos pour les gens qui hésitent à les faire et qui pourraient tomber sur ces articles en googlant les courses. Je n’ai pas fait d’article sur la Pra-Loup simplement parce que l’organisation ne la reconduit pas en 2018 fautes d’accréditations. Mais histoire de vous dégoûter un peu, sachez que c’est de très loin la meilleur cyclo que j’ai pu faire tellement le panorama est absolument grandiose: que des cols très peu fréquentés, très sauvages (col d’Allos, col des Champs, col de la Cayolle et un finish en côte dans la station de Pra Loup). La seule chose que j’ai pu en tirer est cette photo où je fanfaronne avant d’aller mourir dans la Cayolle (j’ai pris les 3 cols sur 4 totalement à bloc, comme dans les rousses et je me classe pareil, 55ème sur 300 partants).

Fin de l’intro, retour à l’ultra.
Donc voici comment ça se présente:

On parle d’un peu plus de 1100 km pour plus de 28’000 mètres de dénivelé positif. Le but étant de partir de Thonon-les-bains et de rejoindre Menton par la route des hautes Alpes. De l’eau douce à l’eau salé (Léman -> Méditerranée). Nous franchirons en tout sur le parcours 27 cols référencés et surement quelques-un que nous n’avons pas référencés.


Cet article est assez long et ne risque malheureusement pas de heurter la sensibilité des plus jeunes aussi nous vous recommandons de vous installer confortablement dans votre rocking chair et de vous servir une grande bolée de sirop d’érable avant d’entamer sa lecture. C’est parti.

Nous avons donc fait cette ultra en Juillet 2017 et je rédige cet article en Mars 2018. Ce délai s’explique d’une part à cause du manque de temps, mais aussi et surtout par la volonté de tamiser et de ne retenir que l’essentiel. Il y a tant à dire lorsque l’on entreprend un périple comme ça, et on a tellement envie de tout raconter qu’il vaut mieux laisser décanter. Particulièrement dans un contexte où je crois que c’est probablement l’une des sorties les plus marquantes de ma vie de cycliste. Pour les gens qui ont envie de vivre leur première ultra montagnarde, vous êtes au bon endroit. Certes le parcours est solide, mais il suffit à lui seul à vous motiver à refaire d’autre ultra. Cet article sera segmenté en 3 parties: la préparation, l’ultra, et l’après ultra.

A- Préparation

1) L’humain

C’est pour moi le point le plus important de toute la préparation de l’ultra. Contrairement à une course, s’élancer sur une longue distance, sur plusieurs jours, c’est avoir parfaitement confiance en son partenaire, sur de nombreux aspects. Je n’encourage personne à démarrer par une ultra longue distance en solitaire strict. Lorsque j’ai fait mon 7 majeurs en solo, j’ai pas mal eu le temps de réfléchir lors d’une fringale et je me disais que pour les débutants c’est probablement la limite haute en distance et en difficulté pour une première, car en cas de fringale on passe mais on passe vraiment tout juste. Pour quelqu’un sans expérience, c’est déjà presque limite. J’étais revenu dans un état vraiment très fatigué, j’avais passé de justesse un col dans les temps et avant la nuit, j’avais les traits creusé et mon maillot n’était plus qu’un sac de sel. Ici c’est pire, on parle de faire du vélo pendant plus de six ou sept jours, à raison de 160/180km par jour (donc peu de kilométrage), mais avec une moyenne de 4200 mètres de dénivelé quotidien. C’est presque une marmotte par jour pendant 6.5 jours.

Il faut donc, à mon sens, un partenaire pour:

  • faire les bons choix météorologique quand on dépasse les 2500 mètres
  • faire les bons choix d’arrêts (la fatigue et le manque de sucre altèrent complètement le jugement)
  • faire passer le temps pendant toutes ces ascensions
  • pouvoir subir un incident mécanique en altitude et réparer plus vite
  • pouvoir partager tout la partie contemplative du périple
  • créer des liens assez profonds sur ce qui a été vécu ensemble

Et honnêtement ce choix doit être méticuleux. En effet, ce type d’épreuve est suffisamment stressant pour ne pas rajouter du stress au stress. Surtout que lorsque l’on est poussé dans ses retranchements, en manque de sucre, les filtres tombent et on parle à la personne sans son filtre « social », du coup ça peut être très déstabilisant. Si vous n’avez pas personne de rodé à l’exercice dans votre entourage je vous déconseille de prendre une connaissance cycliste « par défaut » ou de la tenter solo, je vous conseille plutôt de vous rapprocher d’un club d’ultra-cyclisme ou de randonneurs longue distance. Je parle ici d’ultra « d’entrainement », ou pour débutants, ou avec une grille de lecture « contemplative », mais bien sûr, lors d’épreuves ultra, c’est un parcours tout à fait faisable en solo.

Du coup au niveau du choix du partenaire, c’était chez moi un arbre conditionnel à exclusion. Exit:

  • Les show-off
  • Les nerveux
  • Les stressés

Je crois que je peux dire qu’il y a vraiment peu de personnes avec qui j’aurais pu faire cette épreuve, et que FX a vraiment été le binôme idéal.

L’autre versant de ça sur le plan humain, c’est d’avoir une femme géniale à tous niveaux et qui tolèrera cette pratique (autant sur l’absence que sur le stress), mais ça c’est votre affaire 😀

2) Le parcours

Pour une ultra à 28’000m de dénivelé positif, nous avons opté sur une stratégie efficace: un parcours tracé avant le départ s’appuyant sur une route de haute montagne allant du Lac Léman à Nice avec des chemins de contournement en cas de soucis météo, de routes fermées, ou simplement d’ennuis de santé ou mécanique. Le but étant de s’enfoncer dans les montagnes tout en restant sur des routes asphaltées pour pouvoir revenir rapidement et ne pas tout passer en mode gravel. De plus, ayant fait une partie de nos classes respectives en Oisans, nous connaissions bien une section du parcours représentant grosso-modo une journée de l’ultra. L’objectif de base était donc de faire un parcours de 1000km en totale autonomie du Léman à Nice puis un retour par l’Italie. 21 cols (dont les monstres d’altitude Alpestre Izeran, Galibier, Bonette, Agnel, …) et plus de 25’000 de dénivelé et à travers plusieurs pays. On fera finalement plus de km et plus de dénivelé.

Après avoir tracé sur ridewithgps, FX a éclaté la trace en plusieurs segments journaliers, pour couvrir large en cas de pépin mécanique, de fringale, ou à l’inverse en cas de grosse forme ou d’objectif étendu pour avancer plus vite sur la trace. Finalement ça nous a bien servi car on s’est fait deux journées assez intense qui nous ont permis de prendre un peu d’avance sur le parcours. Et dans le même temps on a eu une journée où l’on a du rebrousser chemin à cause d’un incendie. On a donc importé nos traces sur nos Garmin respectif pour avoir un peu de redondance en cas de crash de la localisation sur l’un de nos GPS.

Pour cette ultra, compte-tenu des difficultés à passer et du D+, j’ai souhaité dormir dans le dur chaque soir, i.e.: soit en auberge d’altitude, soit en hôtel. A part sur deux ou trois journées où l’on a trouvé les hôtels au dernier moment, et où on a cru qu’on allait passer la nuit dehors, ça s’est plutôt bien passé. La difficulté étant qu’on ne pouvait pas réserver les hôtels en avance car nous ne connaissions pas notre état de forme à l’avance, et cette période de l’année est propice aux cyclo-sportives, aux brevets, à l’étape du tour, et à mille et une activité d’altitude, on a donc du parfois dormir en vallée plutôt qu’en altitude à cause de la saturation des petits hôtels.

3) Le matériel

Bien que cette partie arrive logiquement en 3) car on choisit son matériel dépendamment du parcours, c’est à mon sens le second point le plus important de l’ultra. Il ne faut vraiment rien oublier car sinon cela peut rapidement être l’enfer en haute montagne, notamment en cas de très mauvaises conditions climatiques. On en avait fait les frais une fois, et ça nous a bien servi de leçon. Du coup cette fois on a tartiné en matériel. Je vous dresse ici la liste du matériel que j’ai emporté, cela pourra toujours vous servir de pense-bête pour votre check-list avant le départ.

  • tee-shirt / short (pour le soir à l’hôtel)
  • prise murale avec triple slot USB (pour recharger le compteur, les lumières, le GPS, le téléphone, … avec une seule prise de courant)
  • mon bracelet de « survie » qui ne me quitte jamais en cas d’ultra. Voici à quoi ça ressemble: 
  • Un base-layer (je trouvais cela parfaitement inutile jusqu’à ce que j’en ai un: c’est parfait pour la thermorégulation, et petit détail croustillant, ça évite d’avoir les tétons qui s’inflamment après 12h de vélo, du sel partout et le frottement du jersey)
  • 2 jersey (avec des fibres aux antipodes: l’un plutôt chaud, l’autre typé très course, très aéré)
  • 2 bib shorts (un assos longue distance T cento S7, et un castelli aero race). Je reviendrais plus tard sur le choix des cuissards, mais les points de vigilance sont toujours les mêmes: visibilité (certains cuissard sont réfléchissants), confort bien sûr (à tester avant l’ultra et pas pendant), deux marques différentes (les coutures ne sont pas placées au même endroit, du coup en alternant chaque jour on évite les points d’échauffement répétitifs), capacité à sécher rapidement (on lave chaque soir à l’hôtel, il faut que ça sèche pendant la nuit).
  • Une bonne paire de gants (avec un gel interne pour éviter les engourdissements nerveux des mains car on tire pas mal sur le guidon en altitude)
  • 2 paires chaussettes (même stratégie que pour les cuissards)
  • Une casquette « cycliste », souple, cassable, intégrable sous un casque pour se protéger du soleil.
  • Un tube compact de crème solaire (on a eu du 35° en coeur de vallée et en ascension)
  • Une paire de chaussettes de récupération (personnellement j’utilise du BV Sport)
  • Des manchettes pour les descentes des cols > 2500 ou en cas d’intémpérie
  • De la nutrition d’effort pour 2/3 jours (on peut refaire le plein en vallée ou en station pendant le parcours), il faut du sucré et du salé car passé 5/6 heures sur le vélo, le corps rejette franchement les apports purement glucidique et a besoin de diversité pour éviter l’écoeurement (sel, amandes, etc); de la nutrition de récupération (j’en prends pour toute la durée de l’ultra, pour chaque soirée, essentiellement de la maltodextrine de chez Overstims)
  • De l’administratif léger: une carte de sécurité sociale, de la monnaie, une CB, …
  • Des ziploc pour protéger tout ça de la pluie ou de la neige 😀
  • Un race cap imperméable et semi-thermique
  • Une couche intermédiaire entre le Jersey et le base-layer en cas de froid
  • Une lumière avant et une lumière arrière (ici le choix est important si vous comptez rouler franchement de nuit (donc avec une stratégie de moyeu dynamo ou de batterie) ou plutôt pour couvrir 2h de nuit par jour (lumière « classique » rechargeable à l’hôtel et frontale)). Pour cette ultra j’ai utilisé des Specialized Stix Sport Combo qui ont une bonne autonomie, assez de lumens pour rentrer de nuit et dans les 2h30 d’autonomie.
  • Le cardio-fréquencemètre
  • Le casque bien sûr
  • Les lunettes
  • Les chaussures de cyclisme
  • Des gants thermiques en cas de coup dur
  • Une couche intermédiaire pour les gants en cas de froid++ (en merino)
  • Une couverture de survie en cas de coup dur également
  • Crème en cas d’irritation: je prépare une crème en cas d’inflammation du périnée sur la longue distance, je mélange simplement deux crèmes (homéo-plasmine pour la densité crémeuse et que cela reste bien en place et bepanthen pour le côté anti-irritations). Si je suis déjà irrité++ à cause d’autres LD ou de cyclo, je demande une prescription pour du nerisone que j’ajoute à la crème. On parle de passer entre 12h et 15h par jour assis sur la selle.
  • Deux paquets de mouchoirs en papier
  • La connectique pour mettre sur la prise murale USB (cable iphone, micro USB (garmin), v800)
  • Mon edge 1000
  • 2 chambres à air
  • Une pompe à main + un embout co2 + 2 cartouches co2
  • Des démontes pneus
  • Une batterie 5000 mah en cas de nuit à l’extérieur ou d’arrivée tardive++, le but étant de ne pas perdre le GPS, ou la cartographie, et de pouvoir téléphoner en cas de problème
  • Quelques rustines autocollantes
  • Une brosse à dent et un mini tube de dentifrice
  • Quelques médicaments « d’urgence »: paracétamol (douleurs, fièvre), Inorial (allergie), et j’étais sous antibio pour cette ultra à cause de la bronchite tenace dont j’ai parlé dans les deux précédents articles.
  • BCAA (récupération)
  • Un dérive chaine et son maillot
  • Deux gourdes de 750cl chacune (vraiment, je sais que le dogme du poids cycliste a la belle vie mais quand même, évitez les 500cl, le but n’est pas de partir léger pour faire des temps mais de tenir longtemps sans finir mourant déshydraté dans une ascension, sachant que certaines ascension n’ont pas de fontaines)
  • Une balise de suivi Capturs que je déconseille vraiment si vous souhaitez l’utiliser en cas de soucis: les traces sont vraiment mauvaises (en tout cas en crète de montagne) et l’applicatif est très buggé (en tout cas en Juillet 2017)
  • Des tongs pour marcher à l’hôtel sans glisser dans la moindre goutte d’eau à cause des cales

Et dans quoi mettons-nous tout ce bordel matériel ?

Pour ma part j’utilise des sacoches « profilées » de chez Apidura qui est une marque exclusivement dédiée à l’ultra-cyclisme où les gens modélisent vraiment leurs produits pour cette discipline. J’ai donc choisi trois produits de chez eux:

  • Un Saddle Pack Dry17L (le Dry est important, ils ont une gamme étanche et une gamme « non » étanche). J’avais déjà un 9 litre mais là j’ai prévu large. Et j’ai eu raison, mon sac était quasiment plein en début d’ultra.
  • Un handlebar Pack Dry 9L
  • Un top tube bag

Je n’ai pas pris de Road Frame Pack car j’avais peur qu’il me gène pour accéder à mes bidons. Toutefois FX a fait ce choix et il n’a pas été ennuyé donc ça reste un bon choix. L’enjeu c’est surtout de choisir à quel endroit vous voulez mettre les contraintes de poids: j’ai choisi l’avant (guidon) et l’arrière de la selle, FX arrière selle et sur le cadre. Ce qui est sûr, c’est qu’en descente, les trois premiers jours, il faut être agile et vif car transporter 9 litres de matériel sur le guidon modifie radicalement les courbes et la manière dont on manie son vélo. Je pense que c’est plus neutre sur le cadre. Assez parlé, voici en image à quoi cela ressemble:

 

L’autre partie du matériel, c’est bien évidemment le vélo. Avant chaque ultra ou chaque cyclosportive, je fais une révision étendue de mon vélo. Voici les points que je fais vérifier:

  • Vérifier l’état des roues (voilage, insertion des rayons, micro-fissures)
  • Changer les pneus et chambre à air (Michelin Power Competition en 25 pour les cyclo, Michel Power Endurance en 25 pour les ultras)
  • Changer les patins de frein avant et arrière (exalith)
  • Changer les câbles (freins, dérailleurs, …)
  • Changer le plateau mid-compact du 36 au 34 (pour les ultras)
  • Vérifier l’indexation++
  • Changer la chaine si nécessaire
  • Changer les galets du dérailleur si nécessaire
  • Démonter le pédalier/boitier pédalier pour nettoyage et regraissage
  • Dégraisser / regraisser le dérailleur (et nouvelle chaine)
  • Vérifier que les axes des roues n’aient pas de jeu
  • Vérifier le système de serrage cable de mes SIDI pour éviter que ça casse pendant une sortie
  • Regraisser mes pédales automatique
  • Changer ma pile de cardio-fréquencemètre
  • Vérifier le stock de cartouche co2, de chambres à air, de rustine autocollante, …
  • Prendre quelques rislans ça dépanne toujours

Mon développement final était donc 52×34 avec une cassette 11v en 28×11. J’ai utilisé des roues à forte ridigité et très typée montagne, des Ksyrium Edition limitée 125. En plus du Edge 1000, j’avais téléchargé tout le parcours en mode « offline » avec l’application ridewithGPS sur mon smartphone, pour qu’on ait une triple carto, même en cas de perte de tous les signaux.

4) La météo

Ici pas de grande surprise conceptuellement, mais ce qui va sans dire va encore mieux en le disant: on peut avoir le parcours, le partenaire et le matériel, on reste soumis à la météo. Il faut avoir la logique de la météo « locale » des endroits où vous passerez, les météorologues locaux passionnés++ étant souvent beaucoup plus déterministes que Meteo France. Pour l’Oisans nos sites de référence ont été http://mto38.free.fr/ et http://www.meteo-alpes.org/drupal/p-r-e-v-i-s-i-o-n-s/alpes-du-nord

Les adages populaires sont plutôt réalistes: la météo change vite en montagne, et les sommets sont souvent venteux et froids.

B- L’ultra

Cette partie a été écrite à quatre mains: par FX et par moi.

1) Mercredi 12 Juillet – Préparation – Route vers le point de départ

Cette journée a été dédiée à la vérification de la préparation. J’ai vérifié 1000 fois mon matériel, nous avons vérifié que nous n’avions rien oublié, que le matériel est OK, derniers checks météo, dernière vérification de l’import des traces GPS, etc. Je suis parti en retard pour aller chercher FX, qui est lui même un peu en retard, bref, on part tard. On prend la route vers Thonon-Les-Bains où on dort à l’hôtel pour démarrer du point de départ le lendemain matin à la fraiche (ça c’est le projet, dans les faits ça changera un peu… 😀 ). Evidemment, comme on est parti à la bourre, on n’a rien à manger sur la route, et comme tout bon cycliste on ouvre les pates qu’on avait soigneusement préparé dans un tupperware et on mange ça dans la voiture on s’arrête au McDo sur la route et on fait le plein de glucides à assimilation lente de merdes. On se pose ensuite à l’hôtel sans trop tarder pour ne pas démarrer avec une dette de sommeil trop élevée.

Hôtel: Hotel Côté Sud Leman Avis:
Restau: Mcdo Avis:

2) Jeudi 13 Juillet – Thonon-les-Bains -> Beaufort

Départ de Thonon un peu tardif (11h) après les derniers ajustements :

– pantalon de pluie?
– on prend pas.
– couvre chaussures ?
– on prend pas.
– 4 kilos de gels, malto et hydrixir ?
– On prend !

Les vélos sont bien lestés, on doit avoir au moins 10 kilos de matériel chacun. Bon, on ne va pas à la chasse aux KOMs Strava et il va falloir mouliner dans les montées pour pouvoir passer, mais au moins la prise au vent semble correct. Et puis qui sait on va peut-être fondre un peu au fil des kilomètres ?

On se fraye un passage dans les rues bondées de monde à cause du marché puis on s’engage rapidement sur la route qui remonte les belles gorges de la Dranse. Je suis dans la roue de FX et il est vraiment parti super fort. Je me dis que si tout le parcours est fait à cette allure ça va être une horreur car les jambes mettent du temps à chauffer et à tourner convenablement. Les Gets sont atteints rapidement et finalement tout s’est débloqué. Accueillis là haut par des hells angels à la retraite, on remplit nos bidons avec les premières doses d’un mélange qui, on ne le sait pas encore, nous accompagnera tout le long du parcours: eau fraiche (pour l’hydratation), sirop de menthe (pour les glucides à assimilation rapide) et sel de table (pour la reminéralisation liée à la transpiration). On avale la descente, puis Cluzes, et on entame la montée de la première vraie difficulté de la journée, le col de la Colombière, avec sa rampe finale assassine à 12%. Comme d’habitude, on se relaie une partie, on discute côte à côte sur l’autre, on s’encourage ou on maugrée (déjà). 

On termine pas très frais en haut, l’hypoglycémie nous guette. Tous nos repères nutritionnels sont modifiés à cause du poids qu’on transporte. On dépense beaucoup plus d’énergie, le rendement est différent, l’engagement musculaire aussi. On file donc sur le grand bornant pour avaler 2 sandwichs et s’envoyer quelques gels. Notre départ tardif ne nous a permis d’avoir ni un petit déjeuner structuré, ni un repas du midi efficace, et le dernier repas de la veille était un Mcdo, c’est vraiment de la gestion alimentaire de très haut vol ce début d’ultra. Du coup on utilise cette journée pour comprendre nos limites en terme de nutrition, et mettre en place notre première stratégie d’alimentation et d’hydratation. Et ça paiera, ce col est le seul où l’on sera vraiment mis en difficulté au niveau nutritionnel. Cette journée fera aussi naître une petit douleur au genou droit qui sera sans conséquence sur le reste de l’ultra car elle disparaitra au bout de trois jours. Sans doute la résultante d’un poids différent, de braquets différents et d’une position différente avec le lestage.

Le col des Aravis se fait à bon rythme. On s’arrête en bas faire le plein et on tombe sur un cycliste bavard qui nous parle de gravel, et qui a déjà fait un demi-tiers-quelques-km-d’ultra et qui nous comprend. Bref on enchaine sur la montée des Saisies. C’est le dernier col de la journée, on est distrait par un triathlète fanfanron en manque de compagnie qui nous conte ses exploits, escaladant le col sur la plaque, tout en danseuse. Ca nous fait passer le temps et nous permet de mesurer la différence du coup de pédale d’un cycliste en mode lesté ultra ou en mode léger avec seulement 2 cols dans la tête. Un bref coup d’œil au panorama, la Haute Savoie, c’est vert et c’est beau, et on enquille sur la descente un peu escarpée avec le Beaufortain en toile de fond, dans la lumière du soir.

On rejoint l’hôtel qui est niché à Villard-sur-Doron. L’équipe est sympa et c’est l’un des hôtels les plus confortable du séjour qu’on aura car on a pu le réserver un peu en avance. Le restaurant est top, et une terrasse extérieur nous permet de récupérer tranquillement.

Après un repas de titan fait de frites, de pain, d’une bière et d’une entrecôte et dessert, on rejoint nos piaules en stressant rêvant déjà aux épreuves du lendemain. Les repas sont plutôt copieux le soir, mais il faut savoir qu’on déjeune assez léger le midi et surtout que nos cardio-fréquencemètres estiment selon les journées une perte comprise entre 5500 et 7000 kcal par jour.

La stratégie de récupération est simple le soir: Malto, douche froide, chaussette de contention.

Bilan de la journée : 149 kms, 3966m D+, 4 cols
Tracé: Thonon – Beaufort
Cols franchis: Les Gets, La Colombière, Les Aravis, Les Saisies
Hôtel:
Hôtel la Cascade Avis: +++
Restau:
Hôtel la Cascade Avis: +++

Stratégie de séchage brevetée par la NASA dans notre hôtel 10 étoiles

 

3) Vendredi 14 Juillet – Beaufort -> Modane

Après une nuit réparatrice et un petit-déjeuner gargantuesque, on enfourche nos montures et on attaque fièrement le Cormet de Roselend.
Enfin ça c’est la théorie, dans la pratique, on sort du petit déjeuner, je vais récupérer mes affaires et je rejoins FX avec 10 minutes de retard. Je m’aperçois que les couture de mon Saddle Pack ont sautées la veille: je suis trop chargé et cette mouture d’Apidura étant toute neuve, il y a un défaut de conception. On prend un solide 15 minutes pour analyser le sac et on craint que l’aventure ne s’arrête ici: sans capacité à transporter le matériel, il n’y a plus d’ultra. Par chance, ce sont les coutures latérales qui ont cassées et non pas les coutures de soutient du sac. Problème simple, stratégie simple: le poids va disparaitre rapidement du sac car je transporte beaucoup de nutrition, donc la contrainte va diminuer sur les sangles, et surtout, je fixe désormais le sac beaucoup plus solidement sur la selle afin qu’il ne brinquebale pas dans les montées en danseuse. Il y a désormais moins de tension sur ce qu’il reste d’une couture latérale. La stratégie paiera, ça tiendra jusqu’au bout et sans besoin de mettre des rislans (comme quoi ils peuvent servir à tout moment) ce qui m’empêcherait d’ouvrir le sac régulièrement.

Cette fois nous partons vraiment, les jambes répondent super bien, on monte jusqu’au lac à bon rythme en discutant côte à côte. Le niveau du lac est assez bas mais sa teinte laisse toujours rêveur. On fait quelques photos carte postale puis on attaque la belle et longue rampe d’accès aux pâturages du dessus ; on passe les quelques auberges, on enchaine les lacets finaux et on accède sans grande difficulté au col lui-même. Instant photo, on goute quelques bouts de saucissons en tous genres vendus par des faux locaux. On enchaine sur un sandwich de 11h, puis on attaque la belle et sinueuse descente en discutant de toxoplasmose et autres maladies dégueus.

 

Tout en bas, c’est Bourg saint Maurice. On s’y attarde un peu le temps de remplir les gourdes de notre mélange miracle mais aussi de manger réellement cette fois, le tout en prévision de la vraie grosse difficulté de la journée: 50 kms de montée pour accéder au col de l’Iseran. Oui, 50 kilomètres en prise pour passer de 812m à 2746 mètres.

Comme on s’y attendait depuis le début, c’est long, il fait chaud, y’a du trafic. Plusieurs pit stops nous permettent de remplir les bidons aux fontaines histoire de ne pas mourrir de déshydratation dans cette fournaise. La route renvoie la chaleur sur nos corps, bref on patauge dans notre sueur. Arrivent les tunnels de Tigne, où John trouve moyen de perdre sa tong en plein virage limité à 70km/h. Heureusement que je trouve encore plus malin de lui gueuler de s’arrêter. Faut pas déconner, une tong à 10 balles on va pas la laisser se perdre comme ça. On serre un peu les fesses dans les tunnels en bombardant dedans pour en sortir le plus vite possible, puis on accède à Val d’Isère où on reprend des forces autour d’une tarte au citron et de quelques parts de Pizza dans une boulangerie de rêve. Pour ceux qui emprunteront cette trace, c’est la boulangerie Maison Chevallot à Val-d’Isère.

Les 15 derniers kms sont heureusement vraiment alpins. On n’a plus l’impression de ne respirer que de l’air sortant des pots d’échappement: le gros du trafic s’est arrêté à Val d’Isère. L’enfer s’amenuise enfin, nous sommes au purgatoire. On reprend du courage, les lacets s’enchainent, la visibilité est bonne. Rien de trop difficile dans cette portion (malgré quelques pourcentages assez élevés), si ce n’est l’altitude qui commence à rendre la ventilation plus difficile. Dans le même temps, l’altitude permet à la température de finalement descendre. 

Derniers virages, approche finale, et on se hisse à plus de 2700m au col où, évidemment, ça caille. Comme toujours, la vue là haut sur les sommets italiens est magnifique. Ça souffle donc on ne traine pas, photo, gants, veste puis on file vers Bonneval et la haute Maurienne, en dévalant les pentes sud face aux glaciers.

La haute Maurienne, c’est très beau, surtout les gorges de l’arc, mais c’est aussi l’enfer pour le cycliste quand le vent est de face, donc 99% du temps quand on la descend. C’est notre cas, donc on tire des bords (sous-entendu je m’abrite derrière John la locomotive, qui a fait ses classes en Picardie et sait manœuvrer face au vent en maintenant un petit 33km/h de moyenne minimum). Après une 50aine de kilomètres nous arrivons à Modane. Après plusieurs minutes de réflexion et une dizaine d’appels pour trouver un hôtel on décide que l’on n’ira pas plus loin, il faut en garder pour le lendemain. Le Samedi est prévu pour être une journée marathon avec de nombreux cols difficiles et de toute façon la nuit approchant ne nous permet pas de passer le Télégraphe.

Pause restau, légèreté avant tout, car il parait qu’on dort mieux le ventre un peu vide, ce sera donc 2 bières, 2 pizzas, des pâtes et du risotto seulement car il faut rester raisonnable. Mais bon, cette journée est encore une fois annoncée à plus de 6300kcal de perdu, on est large.

La suite c’est du classique : lessive, douche, check du parcours du lendemain, de la météo, récupération (douche froide / malto / contention) et au lit.

Bilan de la journée: 148 kms, 4793 D+, 3 cols
Tracé: 
Beaufort – Modane
Cols franchis: 
Cormet de Roseland, Izeran, La Madeleine
Hôtel:
Hôtel de la gare Avis: — (mais équipe ++)
Restau:
Il peppuccio Avis: +++

4) Samedi 15 Juillet – Modane -> Vars

Bon là aujourd’hui c’est du sérieux qui nous attend. On aimerait dormir ce soir dans les environs de Vars, mais pour ça va falloir bosser et pas trainer en route. On risque une arrivée assez tardive, du coup la journée démarre par une vérification des lumières et de la frontale.

On part à la fraiche de Modane, on descend toute blinde vers Saint-Jean-de-Maurienne, et après avoir avalé un petit déjeuner, un quadruple expresso, on s’engage dans les pentes du Télégraphe. Les voyants sont au vert, ça déroule bien et on monte à bonne allure côte-à-côte en discutant, comme depuis le départ en fait. Peu voire aucun cycliste ne nous rattrape, même les non-lestés, ce qui ajoute à notre sensation de bien-être. Faut dire qu’on a tous les deux une petite revanche à prendre sur ces pentes, car 2 semaines auparavant on était pris au même endroit d’un mix entre fringale, hypoglycémie et déshydratation lors de la Marmotte (qui nous auront couté de précieuses minutes sur les chronos finaux). Revanchards et motivés, on déboule donc à Valloire quasiment frais comme des gardons, et après des recharges en hydromel mentholé, on s’engage sur les rampes d’accès au Galibier.

La sortie de Valloire est toujours un calvaire, mais la partie supérieur avant plan lachat commence à laisser entrevoir les paysages alpins qu’on aime tant. Les cyclotouristes grenoblois sont de sortie, on les croise et les dépasse allègrement. Y’a du monde dans le Galib’, il fait beau, les camping-cars des spectateurs du tour s’installent ; c’est l’été et ça se sent !

On avale la rampe de plan lachat à bonne allure, presque un peu vite, donc on décide de lever le pied après s’être extrait vers les alpages. Un gel plus tard, les jambes sont toujours là et les kilomètres s’enchainent assez facilement. On ventile bien, l’allure est bonne, et on arrive au sommet au milieu des dizaines d’autres cyclistes heureux de pouvoir contempler la Meije majestueuse, le Dome des écrins et la vallée qui s’étale vers Briançon là bas au Sud. Belle revanche sur ce Galibier qui nous en aura toujours fait voir !

La frontière climatique est vraiment là ; on descend vers le Lautaret puis on dévale les belles courbes qui nous mènent à Monestier. Dans la descente il y a du monde sur la route, et pas que des lumières, faut faire gaffe aux cons, mais les virages longs et doux permettent des vitesses assez rapides (je ne donne pas les km/h car mon père lit 😀 ). On s’envoie un plat de pates carbo puis on descend vers Briançon où c’est l’effervescence totale avant l’étape du Tour (amateur) qui a lieu le lendemain.

On a un peu l’impression d’aller à contre-courant, avec nos vélos lestés d’Apidura, les tongs accrochés par des elastocs à l’arrière, au milieu de tous ces cyclistes affutés pour qui chaque gramme compte, qui viennent retirer leurs dossards. On dirait nous une semaine plus tôt dans les cyclo-sportives.

On sort de Briançon, et on attaque l’Izoard. Evidemment à la pire heure, mais on commence à être habitués. Il fait chaud, on sue. Les pentes sont assez correctes jusqu’à Cervières où on recharge en sirop de menthe offert par le patron qui est en train de s’engueuler avec un client. Surcompensation oblige, il nous trouve très sympa. Après Cervières, ça se redresse. Les rampes font mal, on le sent bien le galib’ du matin dans les jambes ! Sous les chalets de l’Izoard, les coups de culs nous scotchent au bitume mais on ne lache rien, et on reste un peu protégés par la végétation.

On sent qu’on s’élève, un coup d’œil en arrière et Cervières est déjà loin en bas, ça redonne du moral ! On se hisse jusqu’à l’auberge, la végétation laisse place à la roche et aux faces si particulières de l’Izoard, zebrées par l’érosion. Rochebrune nous contemple au dessus, on avale les derniers lacets et on arrive au sommet, totalement aménagé pour préparer les arrivées du Tour. Petite photo, manchettes et on attaque la descente. John qui est plutôt tête brulé en descente ouvre cette fois avec les mains sur les freins car il y a des bécanes partout, faut pas rater un virage, et surtout on compte déjà 2 décès tragiques sur ces pentes en 2 semaines, donc prudence, FX a quand même un chat à nourrir.

Le paysage lunaire de casse déserte nous pousse à l’immortaliser en photo, puis nous passons au goûter de 16h à Arvieux en mode tomme, pain et nougat avant de filer vers les magnifiques gorges du Guil que nous dévalons à bonne allure. Descente dans laquelle John guidonne derrière FX en faisant du sans-main et se rattrape in-extremis, ce qui lui fera perdre sa lumière arrière pour la suite du voyage, cette dernière s’étant décrochée sous la violence du guidonage.

Guillestre ? aucun arrêt si ce n’est pour la pause pipi. Les gourdes presque vides ? Ranafout’ on y va, c’est le col de Vars, la fleur au fusil.

Il est 17h30, y’a plus un pète de vent, on meurt littéralement de chaud dans ces pentes sèche et rugueuses, et 3kms plus loin on est au bord de l’agonie, à essayer de conserver nos malheureuses gorgée d’eau brulante dans l’attente de la prochaine fontaine, qui n’arrive pas, et n’arrivera jamais.

Un coup d’œil au GPS informe FX qu’on vient de dépasser la dernière habitation avant plusieurs kilomètres…ni une ni deux on fait demi-tour, on réveille la maisonnée. Un djeunz en sort, sympa, jovial et bavard, nous remplit les gourdes d’eau fraîche et nous confirme que sans ça on aurait été bien dans la merde. On se marre en s’imaginant desséchés au bord de la route à quelques kilomètres de l’arrivée après tout ce périple ! Bref, le djeunz et FX viennent de sauver la journée.

On se remet en route, la route s’élève, c’est beau dans les rayons de fin d’aprèm. Voilà Vars, le bas de la station, mais non nous on se rend dans le haut, sous le col, donc il nous reste 5kms qu’on arrache au mental, focalisés sur la bouffe qui nous attend. Tout est vide: muscle, sucre, mental, il ne fallait pas 20km de plus.

L’arrivée c’est du classique. On a beaucoup galéré pour trouver un hôtel cette journée et je ne vois pas comment on aura pu faire sans. La belle étoile après une étape comme celle-ci doit préparer un copieux enfer pour le lendemain. Lorsqu’on arrive l’hôtelier nous explique qu’on a pris les deux dernières chambres de ses trois bâtiments et que tous les hôtels de du coin sont complets à cause de l’étape du tour (15’000 participants). On enchaine direct sur une douche froide car les muscles ont vraiment ramassés aujourd’hui puis contention++.  Ensuite nous cherchons un restau dans lequel nous dînons frugalement d’une double pizza et d’un plat en sauce dont je ne me rappelle plus le nom.

Avec tout ce qu’on mange je me dis que je vais réussir à prendre du poids pendant cette ultra. 5 jours plus tard je me rendrais compte que c’était le minimum vital, j’ai perdu plus de 3kg pendant cette LD.

Le relive de cette journée est vraiment frappant:

Relive ‘Modane – Vars’

Bilan de la journée: 154 kms, 4890 D+, 5 cols
Tracé:
 Modane – Vars 
Cols franchis: Télégraphe, Galibier, Lautaret, Izoard, Vars
Hôtel:
Hôtel Les Carlines Avis:
Restau:
Le Schuss Avis: ++

5) Dimanche 16 Juillet – Vars -> Rimplas

Départ 7h ! Ben ouais, de l’autre côté c’est l’étape du tour amateur et les routes sont bloquées à 8h30. Faut se magner ! on part a la fraiche couverts dans nos gore-tex. On avale les quelques lacets restants avant le col, on passe les alpages, puis on déboule dans la descente, belle, longue, facile du col de Vars, sous les rayons du soleil matinal. Devant nous, mais qu’est-ce donc ? 2 triathlètes en aerobars ! John : « on rentre ? » FX : « on essaye ». On se lance dans un contre-la-montre et en appuyant derrière on rentre, puis on se colle dans la roue des 2 avions de chasse. La magie du drafting, on ne fait plus rien jusqu’à Jausiers. Après un bref remerciement pour cet aller simple première classe, on file vers Barcelonette où c’est l’excitation générale avant le passage de la cyclo.

On déjeune d’un classique sandwich/viennoiseries/triple expresso, on regarde les premiers passer à toute blinde au ravito, on essaye désespérement de remettre de la pression dans nos pneux chez un marchand de cycle qui nous propose sa plus belle pompe cassée et donc au final on ne fera que les dégonfler, puis c’est parti pour le col de la Cayolle.

La route est toute en superlatifs. C’est le gros coup de cœur du parcours. John l’avait déjà prise lors de la cyclo Pra-Loup Thévenet et ça demeure son passage préféré. Les pentes sont correctes au départ, surplombent les gorges du Bachelard ; on passe des ponts, des tunnels, et on sent vraiment qu’on est sur le point de quitter l’Ubaye pour s’enfoncer plus au sud vers le Var.

Au Villard d’Abas, on veut remplir nos bidons à la fongtaineuh. Mais malheur, on n’a pas de sirop.

Heureusement y’a un petit bouiboui a côté. On passe la porte, et la mamie qui tient l’estaminet nous engueule presque à l’avance de vouloir lui demander, en plus du sirop, de l’eau fraîche…alors qu’il y a la fontaine à côté. On n’a pas encore ouvert la bouche qu’elle nous met déjà quasiment à la porte. Elle nous sert finalement en sirop à l’aide de ses mains pleins de bandages, on lui demande un peu de sel en plus et ça repart: « mais décidément vous les jeunes vous n’avez rien, vous partez sans sirop, sans eau et sans sel ». C’est vrai qu’on n’est pas encore assez chargé, la prochaine fois on trainera nos jerricanes. On la choque à saler nos sirops, visiblement elle n’avait jamais vu ça. Grace à elle, on finira la Cayolle en discutant avec un demi-accent marseillais mal réalisé et en ponctuant chacune de nos phrases d’un « putaing cong ».

On enchaine vers le col, c’est splendide et sauvage. Des ponts qui surplombent des torrents, des alpages a perte de vue, de belles faces qui brillent au soleil. La-haut le col s’élargit, les derniers virages offrent une visibilité totale sur le sommet ; on se hisse jusqu’à la stèle pour la photo finale, grisés par les paysages et le sentiment d’authenticité du lieu.

La descente est toute aussi belle et sinueuse. Après deux cols, c’est maintenant l’heure du repas et John ne fait pas l’unanimité avec sa panoplie… « Nous ici, on aime PAS la sky. Nous on aime AJéDEUZèr » lui balance un ancien, les poils de barbe recouverts de pellicules (ou de parmesan, c’est selon). Bon il est pas loin de 13h, les gars picolent depuis un bail… On aurait bien gouté le poulet aux champignons mais…mm…non on file plus bas et on s’attable dans une petite auberge super sympa pour déguster des raviolis niçois et autres poivrons marinés, en blaguant avec les patrons sur l’éventualité de mettre de la coke dans nos bidons. La plupart des gens qui nous voient débarquer, que ce soit au restaurant ou à l’hôtel deviennent systématiquement très sympa et avenants quand on leur explique notre périple. Ils ont souvent tout à coup l’envie de nous aider, d’en savoir plus. Ca renforce le côté authentique et plaisant de cette ultra. En tout cas, on ne prend pas le temps de vérifier si leur proposition est sérieuse, et on enchaine vers Guillaumes, le ventre plein, sous la chaleur accablante de la vallée.

On sait que le col de la Couiolle nous attend. Mais ce qu’on sait pas, c’est qu’il va falloir se hisser à Valberg avant, et cette montée là n’était vraiment pas prévue comme ça. On est collé au bitume, on se liquéfie. Mais genre littéralement collé. C’est le second vrai passage difficile de l’ultra avec l’Iseran. La soquette est lourde, le souffle court, et l’air est tellement chaud qu’on peine à respirer. On souffle de soulagement quand un nuage cache le soleil, on lui gueule dessus quand il se déplace et nous laisse cuire à l’étouffée dans les pentes brulantes de Valberg.

Finalement on y arrive. On finit toujours par y arriver, c’est marrant, même si on y laisse toujours quelque chose. La vue en haut est splendide, on devine le Viso, l’observatoire de saint Véran (me semble-t-il), certains sommets du Queyras et de l’Ubaye. Une pause perrier-rondelle, on regonfle les pneumatiques (tombés de 8 à 5 bars en 3 jours….). On casse la dalle à la supérette de la station puis on avale la couiolle en 4ème vitesse. Après ça faut filer, les locaux nous ont informé que pour monter à saint martin y’a de la grimpe. On est sensé dormir à Rimplas, à mi parcours de l’ascension.

La descente est grandiose. Longues, les courbes sont agréables à prendre, et la roche ferreuse, rougeâtre, nous hypnotise. Pas trop quand même, faut arriver entiers en bas.

Saint Sauveur sur Tinée, on est quasiment en bas. On dévale les dernières portions de gorges, puis ça se redresse, pas de doute on est dedans ! Un automobiliste se marre, on l’avise : « c’est dur ? » il répond : « mmmm… c’est sympa ! »…ça veut tout dire… 

C’est la première fois du parcours qu’on envisage de devoir finir à la frontale et à la lumière. Mon GPS n’a plus de batterie, on doit s’arrêter pour basculer sur la batterie autonome. On rappelle le restaurant pour confirmation: apparemment on peut manger jusqu’à 20h au restau de l’hôtel. Sinon ce sera plateau repas. Bizarrement ça nous tente moyen. Du coup les jambes se mettent à tourner. Tiens, on sue et on ventile++, la vitesse s’accélère: on est en train de se tirer la bourre dans la dernière bosse ?  Plus exactement de se relayer en mode contre-la-montre par équipe. Tout ça pour être certains d’avoir à manger une fois arrivés. On dirait des animaux. Moi qui me moque de mon chien quand je vois qu’il réagit aux ordres uniquement à la bouffe, après 150 bornes je suis rendu pareil. On grimpe à toute allure les derniers virages, tout en relances et en accélérations, on contemple le dénivelé avalé en un rien de temps; ça nous fait bien marrer d’avoir les cannes comme ça en fin de  journée ! On arrive au bon moment, la patronne nous autorise à manger à table ; par contre pas le temps de se changer ni se laver… Certains convives un peu précieux déjà installés voient donc débarquer dans la salle du restau deux cyclistes, cales au pied, puant et suant, les maillots maculés de sel. On s’installe en essayant de pas trop remuer pour garder nos effluves et on s’envoie des portions de lasagnes délicieuses, des bières et de la crème brulée, tout en finesse et parcimonie.

Rimplas, village perché, auberge super sympa, mention ++ pour l’endroit.

Bilan de la journée: 155 kms, 4037 D+, 4 cols
Tracé:
 Vars – Rimplas 
Cols franchis: Vars, Cayolle, Valberg, Couillole, Saint-Martin
Hôtel:
Hostellerie du Randonneur Avis: ++
Restau:
Hostellerie du Randonneur Avis: +++

6) Lundi 17 Juillet – Rimplas -> Castagniers -> Nice

Nuit parfaite, petit-dej d’ogres (mais le café ne réveille plus), on part un peu tard et on attaque les 12kms finaux du col saint martin. Ça se fait bien, comme d’habitude, les jambes du matin répondent correctement. Nos petits protocoles de récupération y sont probablement pour quelque chose: bonne bouffe la veille, bonne hydratation, eau froide voire glacée si possible pendant de longues minutes sur les jambes, chaussettes de récup… ça doit probablement jouer sur les bonnes sensations générales depuis le départ. Même si cet article parle beaucoup de nourriture en mode humour, c’est vraiment l’une des clés de la réussite sur aussi long. Comme je l’ai dit plus haut, on arrivera avec quelques kgs en moins malgré le nombre de repas qu’on a pu faire. On ne peut pas passer pendant de nombreux jours 4 à 5 cols par jour en maintenant une dette énergétique, c’est impossible.

Aujourd’hui c’est « Objectif mer ». Saint martin avalé, on dévale vers la Vésubie. On est en plein Mercantour ; au loin, les sommets de la frontière italienne pointent. Ils sont menaçants, dans les nuages sombres ; mais on vire à l’ouest, vers le beau temps ! La météo sur les sommets italiens n’est pas engageante, on commence déjà à échafauder un plan B pour le retour…mais d’abord, le col de Turini ! le petit monstre…. Les pourcentages sont corrects au départ, malgré la chaleur, mais ça se redresse rapidement ; des passages à 8, à 9%, on est en prise tout le temps, et sans répit ! On y passe un moment dans ce diable ! Même si on savait qu’il allait nous faire mal, on y souffre bien car il offre peu de possibilité de lever le pied. Heureusement que les cannes répondent pas trop mal.

Là-haut c’est manchettes, puis on serre les dents ça caille un peu les premiers virages et la route est mauvaise: nids de poules, virages serrés, faut pas se louper. Chaque nid de poule est une menace pour les roues à cause des contraintes sur les selles qui portent plusieurs kg de matériel. Ça s’améliore en fin de descente, on retrouve la chaleur de la vallée. L’habitat change, on se sent vraiment dans le sud à l’approche de Sospel.

Là ce sera un stop pizza, poulet, tarte tropézienne. On repart donc un peu alourdis mais heureux de ne pas faire « pâtes » à tous les repas,  sous le soleil. On entame les premières pentes du Castillon, qu’on dépassera finalement assez facilement.

On franchit deux bouts de roches, la descente s’amorce, mais là attends, au loin, ce bleu qui se confond avec le ciel, c’est la mer !!

Ca y est on y est ! on lache les freins, la descente se fait toute seule, on se retrouve plongés dans la contemplation de la méditerranée qui se rapproche au loin. C’est le temps du petit bilan, des première sensations d’accomplissement, mais aussi, et surtout, les premières sensations de vide intérieur….confirmées par notre arrivée sur bord de mer…ça y’est on y est ? c’est fini ? y’a quoi après, plus de col ? plus d’alpage ? Et ici, c’est Menton, mais c’est moche et ça circule dans tous les sens et il fait chaud et… ouais bon, on se TIRE !

Définitivement, l’option Italie n’est pas la bonne pour rentrer, la météo prévoit du gros sur les cols frontaliers, et se faire prendre dans une tempête à 2800m d’altitude avec nos vélos en carbone et deux gore-tex n’est pas une bonne idée. De plus les cols frontaliers ne sont pas nombreux, on a donc très peu de choix.

On prend l’option « ouest » où la météo semble plus clémente.

Du coup, faut rallier Nice…entre Menton et Nice, y’a le col d’Eze…on le tente ? Allez c’est tout droit, là on suit cette route au milieu des voitures, la tronche dans les pots d’échappements…Oui oui on est coincés par 35 degrés à l’ombre dans un embouteillage, sur des pentes sévères, au milieu des bagnoles monégasques, italiennes, françaises, qui nous frôlent de près…Et John, ça semble lui déplaire ça, alors il appuie ,et moi je m’accroche derrière, au bord de la rupture…On respire à plein poumons les gazs des pots, c’est l’enfer sur terre, l’antithèse totale des 5 derniers jours magiques qu’on vient de passer en altitude.

On arrive à se hisser en haut de ce col d’Eze, complètement cassés par ces 20kms de malheur de route côtière. On ne nous y reprendra plus jamais…

La haut, c’est plus calme. On voit les collines du var qui s’étalent sous nos yeux. Au loin, de la fumée. C’est étonnant, le ciel est zébré de trainées noires, il doit y avoir un incendie dans les terres, c’est la saison ; « imagine c’est là où on doit pioncer ahahah ».

 

On file vers nice, la descente est belle, on voit la mer à perte de vue.

Trafic dans la ville, on sillonne entre les bagnoles. Promenade des anglais, on dépasse avec émotion les lieux de la tragédie de l’année dernière. Saint Laurent du var, puis on remonte vers Castagniers. Attends mais c’est quoi tous ces avions, on dirait des Canadairs ? Et là bas toute cette fumée, y’a vraiment un énorme incendie là non ? Petit check des news : « incendie à Castagniers en cours », merde c’est bien là où on dort !

Un coup de fil à l’hôtel dont le patron nous informe que pour le moment « il n’est pas encore évacué », donc on avance. 

15 kms plus loin, barrage de la gendarmerie. Le périmètre de sécurité s’est élargi et tout flambe. Tout le monde est sur les nerfs, les pompiers, les flics, y’a 5 canadairs qui tournent au dessus de nos têtes et des hélicos avec des sortes de trompes qui rechargent leurs réservoirs de flotte dans le Var. Mmmm ça commence à puer… le gendarme : « Vous dormez ou ? au Servotel ? mais il a été évacué !, on ne peut plus rentrer de cette zone et on travaille à sortir les gens ! ». Ok donc là on est bloqués, et on regarde avec effroi les flammes qui embrasent les collines et menacent les villas. Dormir à Castagniers, ce ne sera pas pour ce soir… il ne reste plus qu’à retourner sur Nice…On réserve des piaules dans l’urgence dans un Ibis à côté de l’aéroport (ou l’arrêt au port), on se goinfre au Mcdo (pour une fois on a une excuse), entourés de familles évacuées de leurs maisons, qui contemplent avec résignation le ballet des canadairs au dessus de leurs habitations. Sentiment étrange de partager un moment tragique pour certains, d’être passé finalement très près de la catastrophe si on avait rallié l’hôtel une heure plus tôt, et simplement de penser un peu égoïstement « est-ce que demain on pourra repartir car tout est bloqué là ».

On repart donc dans la nuit, après un dernier coup d’œil sur l’incendie que l’obscurité rend encore plus menaçant. On file sur une semi-piste cyclable qui nous ramène à Nice, à la lueur de nos lumières et des frontales.

Une voiture nous approche, ralentit, la fenêtre s’ouvre : « Oh, putaing vous êteuh des niqués vous ». Ah oui peut-être, on sait pas, on sait plus…. De toute façon on n’est plus vraiment dedans: on est sorti des Alpes, on a roulé dans un flot de voitures horrible, on se termine sur un incendie dantesque. On a déconnecté un peu en fin de journée du coup. Et d’un coup, on se ramène à la réalité: eeeeet HOP première chute pour FX à la vitesse exceptionnelle de 5km/h sur une jonction de route avec barrière ! rien de cassé, tout va bien, mais on fait gaffe dans la pénombre, avec la fatigue, à pas se gaufrer sérieusement eeeeet HOP 2ème chute pour John en pleine pointe à 7km/h, qui se prend une chaîne de sécurité dans la roue ! Bon là c’est décidé faut aller se pieuter… Hotel Ibis, 7ème étage, il est 22h merci bonsoir…

Bilan de la journée: 165 kms, 4024 D+, 4 cols.
Tracé:
 Rimplas – Nice 
Cols franchis: Fin du Saint Martin, Col de Turini, Col du Castillon, Col d’èze
Hôtel:
Ibis Budget Nice Avis: +
Restau:
McDo Avis:

7) Mardi 18 Juillet – Nice -> Le Vernet

Bon ben maintenant faut rentrer ! Mais tout d’abord, on avale un petit dej costaud et on regarde l’actualité.

Bref, on part finalement après avoir debriefé 1000 fois de tout ce qu’on a vécu la veille. On remonte la même piste cyclable qu’hier. Ça déroule bien ; on passe cette fois Castagniers, le feu est maitrisé, et on s’engage dans la remontée du Var. Vaste programme aujourd’hui, on souhaite dormir dans la vallée de la Blanche, au nord de Dignes.

Ça roule vite, ça roule bien, peut-être un peu fort mais on de la borne à faire.. Allez, un premier stop à Puget pour manger. On dévalise la supérette et on mange comme des hobos poisseux assis sur le trottoir, à un coin d’ombre. Les « bon appétit » fusent, mais c’est du courage qu’il va nous falloir pour reprendre la route. Ça se redresse et ça promet d’être long… On progresse vers le col de toutes aures, il fait une chaleur à mourir et les rampes sont sévères. La route se transforme en nationale, ça roule vite et on ne peut pas trop rester côte à côte… derniers efforts avant une petite auberge où on remplit les bidons, le rituel éternel du cycliste luttant contre la déshydratation. Le col est là, on l’atteint dans un dernier ressaut puis on dévale les pentes nord qui nous conduisent vers le Verdon, petit joyau au milieu des collines arides.

Saint André des Alpes, stop ravitaillement, puis col des Robines, et on enchaine vers Dignes. Ça badaboum comme on dit. Un dernier col, celui des Ormes, une descente rapide et nous voilà à Dignes. 150kms au compteur. Maintenant faut grimper dans la vallée de la Blanche, y’a 30kms jusqu’au Vernet.

– tu sais, je suis quasiment sûr que c’est la vallée du crash de la Germanwings !
– si ça tombe on verra le lieu du crash
– ouais ça va faire comme hier pour l’incendie, si ça tombe c’est là où on va hahahaha

On progresse mais la fatigue est bien là, et on crève de chaud dans cette belle vallée sans vent. La route monte, merde y’a un col là haut non ? le pourcentage moyen annoncé par les bornes est plutôt faible…ça dénivelle pas… le genre de profil qui te garantit un final assassin…et ça rate pas ! dernière rampe à 9 ! on est à l’arrêt. 500m plus bas FX déraillait, il a maintenant les mains noires de graisse sale et ça glisse sur sa guidoline…surtout, ne pas s’essuyer la tronche sinon il va arriver là haut maculé comme Rambo…Et maintenant c’est John qui déraille du cerveau « A ton avis 5% en ascension, ça fait combien de mètres d’élévation ? » Regard un peu consterné de FX « OK il est en manque de sucre, il raconte nimp. » C’est l’instant gel + gâteau. Ca fait presque 180km qu’on roule. Le sucre relance les cerveaux et les jambes, et de toute façon on est quasiment arrivés.

On s’extrait de cette petite tourbe et on amorce la descente. 3 virages plus bas, un embranchement pour Le Vernet, notre lieu de repos. La vallée s’ouvre, c’est grandiose : au fond le massif des trois évéchés se dévoile, dans la lumière rasante de fin du jour. Le calcaire est illuminé par le soleil d’ouest, la découpe de la roche est fascinante, il y’a des plans successifs tous taillés de manière différente, l’érosion a fait un travail d’orfèvre ; on est littéralement subjugué par la beauté du lieu, qui couronne cette journée d’efforts intenses.

L’arrivée est à la fois belle et tragique ; on complimente la patronne de l’hôtel pour la beauté des lieux, elle nous rétorque « mais vous savez où vous êtes ici n’est ce pas ? » Evidemment qu’on le sait qu’on est dans « la zone », mais à aucun moment on ne s’imaginait qu’on allait dormir au pied du massif où l’avion s’est écrasé. A 50 mètres de l’hôtel, des stèles face au massif, une salle de commémoration des familles, c’est l’épicentre… La Germanwings fait désormais vivre notre hôtel au rythme des venues des familles qui viennent se recueillir et elle a quasiment racheté le village. Une faible consolation pour ces vies fauchées par un demeuré. On passe la soirée un peu secoués par tout ça, partagés entre la beauté du lieu et l’horreur de la tragédie. On se sent probablement un peu illégitime de dormir ici.

 

Bilan de la journée: 180 kms, 3279D+, 4 cols.
Tracé:
 Nice – Le Vernet 
Cols franchis: Col des Toutes Aures, Col des Robines, Col de l’Orme, Col du Labouret
Hôtel:
Le domaine du Vernet Avis: +++
Restau:
Le domaine du Vernet Avis: ++

7) Mercredi 19 Juillet – Le Vernet -> Le bourg d’Oisans

Dernière étape ! On rentre au bercail… mais faut pas sous estimer cette étape, y’a de la borne à avaler. Dans les faits, ce principe n’aura été que de la littérature. Y’a plus rien qui tient parce que c’est la fin, parce qu’on retourne dans des territoires qu’on connait, parce qu’on sait que le lendemain il n’y a rien, parce que c’est une arrivée un peu mélancolique, etc. Du coup cette dernière journée aura été un grand n’importe quoi nutritionnel car il n’y a pas de lendemain, parce qu’aussi inconsciemment, ça la fait durer un peu plus longtemps, et parce que la motivation n’est plus là. On va passer par des coins qu’on a vu 1000 fois dans l’Oisans et après ce sera fini. Le seul moteur qui reste, c’est le sentiment de satisfaction d’avoir réussi un périple aussi long sans problème de santé, ni de problème mécanique. C’est ce qui nous fera quand même passer la journée dans la constante bonne humeur, comme depuis le départ, quelque soient les éléments.

On quitte donc le Vernet pour gagner Seyne. Cette vallée est splendide. Petite montée au Col saint Jean, pas vraiment anticipée, qui nous casse un peu les pattes, mais on commence à être rodés à l’exercice. Longer le lac de Serre ponçon est toujours un bonheur, ça glisse tout seul à vive allure. On retombe sur 2 cyclo-sacoches croisés dans la Cayolle 2 jours plus tôt « Ah mais on les connait eux !! On les a vus chez la Mamie ! » Dire qu’entre temps on s’est bouffé quasiment 400kms et près de 8000 de d+…

Espinasses-Gap par contre c’est toujours la galère. John passe en mode locomotive picarde qui brave les vents, donc on avale les 25kms à bon rythme…Par contre c’est le dernier jour, y’a du relâchement dans l’alimentation ! la pause viennoiserie, les jus d’orange et sodas: c’est l’hypoglycémie réactionnelle qui nous guette ! et ça ne manque pas, dans le col Bayard à la sortie de Gap, on est vissé au bitume ! Tous les cars des teams du Tour nous croisent en sens inverse, alors qu’on monte pour sortir de cet enfer ! Etrange impression d’être totalement sur un autre créneau, un autre rythme, un autre type d’aventure que la performance pure.

Bon Bayard, c’est fait et c’est chiant…on file vers le Champsaur. C’est beau, mais c’est tape-cul, et on sent l’écurie… l’effet retour, l’esprit déjà en train d’anticiper la bière de l’arrivée… sauf qu’il reste des bornes, et des tapes culs monstrueux, une rampe à 12%, des approches interminables en balcon pour arriver sur Corps. Qu’est ce qu’on fait ? On file vers La Mure et Grenoble ? Pas moyen, on va se terminer sur un dernier col ! Allez Ornon est tout fait pour nous ! Valbonnais, on soigne notre hypoglycémie à grand renfort de cakes, de mars et de magnums, puis on monte Ornon, ce col si connu, parcouru quelques heures auparavant à des vitesses folles par les coureurs pro.

Nous, c’est notre dernier. On a la soquette légère, on mouline, on profite, on essaye de réaliser, mais c’est pas facile de se dire que la boucle est en train de se terminer. Il faudra la belle descente pour aider à l’introspection, laisser les souvenirs récents se reconstituer, profiter du vent sur le visage, se marrer un bon coup devant la réussite du pari. C’est une vraie chance d’être passé sans encombre, sans souci météo et sans ennui mécanique, après 7 jours à rouler côte à côte et avaler les bosses les plus ambitieuses. On arrive à Bourg d’Oisans, on peut aller savourer notre pinte et commencer la récup, en imaginant déjà d’autres tracés…

 

Bilan de la journée: 163 kms, 2853D+, 4 cols.
Tracé:
 Le Vernet – Le bourg d’Oisans
Cols franchis: Col de Maure, Col Saint-Jean, Col Bayard, Col d’Ornon

C- L’après-ultra

Comme je l’ai expliqué dans l’introduction et au cours du résumé de l’ultra, la fin a été assez mélancolique. Il m’a fallu pas mal de temps avant de digérer et de pouvoir rédiger l’article pour ne pas sombrer dans le sentimentalisme niais. C’est probablement la preuve que c’est « mon » sport. Cette ultra m’a permis de découvrir des coins de France que je ne connaissais pas, absolument authentiques, habités par des gens sympathiques toujours prêt à aider ou discuter. C’est une frange de la population que je ne retrouvais plus tellement en France là où j’habitais et c’est ce qui m’avait fait quitter cette dernière pour le Québec où je réside toujours et où je trouve les gens nettement plus sympathique et avenants. Par contre, j’avoue que j’aurais du mal à passer une année sans revenir en France pour pratiquer mon sport, plus encore après cette épreuve. Ce pays a vraiment une diversité géographique et contemplative difficile à battre. Et on a découvert beaucoup de choses à cause de l’imprévu, ce qui renforce encore plus le côté « Wahou ».

Sur le plan humain on apprend aussi beaucoup sur soi, tant que l’on n’a pas été poussé franchement dans ses retranchements on ne sait pas tellement comment réagir au stress ou à l’imprévu. J’ai en réalité assez peu édulcoré la partie stress car j’ai vraiment très peu stressé sur cette ultra. Le fait que l’on soit à deux et de caractère assez identiques, assez calme et qui ne rechigne pas à la tâche, ça aide beaucoup. J’avais beaucoup plus stressé sur mon 7 Majeurs où j’avais vraiment eu l’impression de flirter avec quelques chose de beaucoup plus délicat en 24 heures.

Sur le plan sportif, j’ai passé le lendemain de l’arrivée à dormir quasiment. J’ai refait une ascension chronométré d’Huez le surlendemain en me disant qu’avec 3 kg en moins sur le bonhomme, 10 kg en moins de matos sur le vélo, et avec une journée de récupération j’allais pouvoir faire péter mon chrono. J’ai fait le même temps que mon chrono de référence, preuve s’il en est qu’il faut du temps pour récupérer d’une épreuve comme ça. Je pense que j’aurais éclaté mon chrono une semaine après en pleine surcompensation mais je devais rentrer à Montréal. C’est toujours amusant de se dire qu’on a grimpé beaucoup plus consécutivement sur une épreuve de 7 jours que les coureurs du TDF qui bénéficient d’étapes de plaines entre les Pyrénées et les Alpes. Bon par contre je m’abstiendrais de comparer les rythmes 😛

Voilà, j’espère que ce résumé vous aura permis d’apprendre un peu sur la discipline, et si vous avez la moindre question pour la préparation de vos périples, n’hésitez pas à utiliser les commentaires, je vous répondrais avec plaisir 🙂

 

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