Prix des rousses 2017 – Récit

Mercredi 28 Juin avait lieu le Prix des Rousses qui fait partie intégrante du trophée de l’Oisans. Cette course placée entre la Vaujany et la Marmotte est un bon terrain de jeu pour bénéficier des effets de la surcompensation de la Vaujany. Elle permet aussi d’affiner les derniers préparatifs (matériel, nutrition, braquets, …) pour la Marmotte qui est l’ultime cyclosportive montagnarde de l’Oisans.

Je m’étais donc inscrit à cette course dès Mars, alors que les jambes répondaient bien, dans le but de me préparer à la marmotte mais aussi, et surtout, de prendre la température de la technicité des pelotons des cyclo-sportives. Cela faisait en effet de nombreuses années que je m’étais tourné vers l’effort solitaire et autant de temps que j’avais roulé en peloton. Je voulais voir si l’agressivité/nervosité avait évolué de la même manière en cyclo qu’en FFC/Ufolep. C’est donc trois mois plus tard que je me présente au retrait des dossards ce Mercredi 28 Juin à 8h30 sous un temps franchement couvert qui fait suite à trois jours consécutifs de pluie. Ce sera donc maillot chaud + manchette + veste coupe-vent/imperméable lourde dans les poches à la place du petit coupe-vent usuel de descente. Les sensations ne sont sur le papier pas très bonnes: à cause du temps je n’ai pas tellement pu aller rouler pour retrouver le coup de pédale montagne, j’ai atterri le Samedi matin à CDG en provenance de Montréal, je suis donc franchement en décalage horaire digestif, la France est en plein « rush » allergique avec les pollens de graminées ce qui me procure une toux récalcitrante, et pour couronner le tout, je me présente sur la ligne de départ avec une probable fracture de fatigue/entorse de la cheville droite (j’ai RDV le lendemain au CHU SUD à Grenoble pour avoir une image (radio/echo) sur les douleurs, qui confirmera finalement une tendinite avec épanchement++). Bref, un départ en fanfare 🙂

Je retire donc mon dossard sur le parking au pied de la montée de l’Alpe qui constitue également le point de départ de la course. Compte-tenu des circonstances, je choisi de partir en queue de peloton. L’organisateur m’indique que nous sommes dans les 350 engagés, je partirais donc 350 ème 😀 Le parcours est globalement simple mais suffisamment sélectif pour créer des écarts rapidement: montée de l’Alpe d’huez, puis boucle dans la station pour rejoindre la descente (qui s’effectue à travers Villard Reculas) qui nous amène en haut du barrage hydro-électrique du Verney (Allemont), et enfin nous finissons avec la montée de Vaujany. On parle donc de 1600 mètres de dénivelé positif pour 40km de distance. Un contre-la-montre d’altitude en somme. Pour courir l’épreuve, j’ai fait une révision intégrale de mon vélo et j’ai monté un 34×28 pour pouvoir passer partout en souplesse à cause de la cheville. J’ai aussi profité des trois jours de pluie pour saturer mes stocks de glycogène à l’aide de Malto.

Parcours du prix des grandes rousses

Le départ s’effectue à haute vitesse pour les gens que je vois partir de loin étant moi-même en queue de peloton. Puis viens mon tour et je m’aperçois que les 10 derniers concurrents du peloton semblent bien partis pour faire l’ascension en rythme entrainement. Je met donc à profit les derniers mètres de plat pour remonter une dizaine de position et me positionner sur la gauche du peloton pour remonter des places pendant l’ascension. J’ai monté l’Alpe d’huez des dizaines de fois en dépit de mon gabarit de rouleur et je connais précisément mes points de ravitaillements et les endroits où il faut envoyer les watts. Ce sera un gel à la garde et un gel dans le 4ème virage pour recharger dans la descente avant Vaujany. Pas vraiment de possibilité de manger une barre sur un parcours où on est à bloc tout le temps. Je passe donc les cinq premiers virages en souplesse car ils présentent des pourcentages trop élevés pour mon poids, puis vient ensuite le virage 16 où je peux me ravitailler et retrouver une pente plus clémente et commencer à lâcher les watts et trouver mon rythme en allure contre-la-montre. Moi qui voulait prendre la température des pelotons pour la marmotte c’est loupé: chacun est rapidement à sa place, selon ses capacités, et les écarts se créent rapidement. Je continue jusqu’au sommet à bloc en me disant que cette épreuve peut facilement se faire au seuil car elle ne comporte que 40km et deux solides ascensions. Ca paie, dans l’ascension de l’alpe je remonte dans les 270 participants et je passe de la position 350 à 80.

Zones de travail

Au final je vais boucler l’ascension Viel Alpe avec les conditions de santé que j’ai décrite en un peu plus de 54 minutes et à 185 bpm de moyenne, probablement du à une forte irritation bronchique que je serais obligé de soigner une semaine plus tard.

Rythme Viel Alpe

Arrivé en haut, je passe plusieurs cyclistes en maintenant une forte allure alors qu’ils récupèrent sur le plat de la station, puis je redescends par Viel Alpe (la montée camion est fermée à cause de travaux) et j’attaque la descente par Villard Reculas. La descente est vraiment technique et rendue particulièrement dangereuse à cause des conditions climatiques. La route est glissante et surtout c’est la falaise en cas de sortie de virage, raisons pour lesquelles mon compteur ne montera pas à plus de 68km/h en descente sur cette épreuve. Une fois sorti de la petite bosse de Villard, la route s’élargit et la descente se poursuit avec de belle lignes droites et quelques lacets jusqu’à Allemont. Dans cette descente j’ai été dépassé par une dizaine de têtes-brulées (ou simplement des cyclistes meilleurs descendeurs que moi 😀 ). A la sortie de la descente, je laisse un cycliste me rejoindre puis j’envoye un gros relais pour revenir sur les fuyards sur la portion plate. Je lui propose de tourner mais malheureusement il ne me prendra qu’un relai avant d’exploser. Je rentre finalement tout seul sur le petit groupe de cyclistes sur le plat nous amenant jusqu’au pied de la montée de Vaujany. Au moment où je rejoins le groupe je ne m’arrête pas et je place immédiatement une attaque au niveau du musée Hydrélec pour les distancer. J’aborde donc seul la montée de Vaujany sans grande exposition au vent, je vais donc finir au coeur, comme la montée de l’Alpe. J’utilise d’ailleurs la même stratégie que pour Huez en moulinant à l’excès afin de ne pas sur-solliciter ma cheville et monter « au coeur ». Je vais monter Vaujany au même ratio de bpm qu’Huez et dépasser une autre vingtaine de cyclistes. En dehors de la descente, je n’aurais pas été dépassé une seule fois en ascension, les sensations ont vraiment été bonnes sur la course. Dans ce que je pense être le dernier kilomètre, on termine classiquement avec 2 concurrents: on se tire la bourre histoire de gagner 2 places sur un classement, ça fait toujours plaisir à l’ego. J’en ai un derrière moi qui explose et un devant moi qui gère. J’envoie tout en puissance assis à 500 mètres de la ligne, je le dépose et je m’apprête à franchir la ligne dans Vaujany quand on m’apprends que la ligne est 1 km plus loin en dehors du village 😛 Epic fail. Je dois donc me relancer, je ne reverrais pas celui qui avait déjà explosé derrière moi, par contre le cycliste que je viens de déposer revient vers moi et on finira pile-poil ensembles sur la ligne, en même temps qu’un autre cycliste qui était devant nous.

Je récupère et je vais chercher mon diplôme. Et là c’est le drame.
On me dit que le diplôme n’est pas disponible mais que je suis classé en Or, qu’ils ont un bug, qu’on est plusieurs dans mon cas et que je pourrais le trouver le soir même en ligne dans les classements. L’organisation me remet donc un sac à dos « Marmotte » super classe et je rentre sous une averse bien dense que j’aurais sur la figure jusqu’à Bourg d’Oisans. L’attente commence, un jour, deux jours, trois jours. Finalement, je ne serais jamais intégré aux résultats et je pense que les personnes pour qui cela a bugué non plus. Ma théorie est que le puçage était moins bon sur cette épreuve: il n’y avait pas de puçage au départ, c’était collectif (donc un bon 1m30/2m de delta au départ) et je crois que c’était mono-puçage à l’arrivée. C’est à dire qu’en cas d’arrivées multiples (nous étions trois), le puçage ne semble avoir détecté qu’une personne. C’est le genre de chose qui n’arrive pas à la marmotte grâce aux multi-faisceaux. J’ai donc contacté l’organisation plusieurs fois, mais je n’aurais jamais de réponses à mes e-mails, classe.

Email 1 – Vaujany

 

Email 2 – Vaujany

J’ai donc parcouru les résultats et j’ai retrouvé grace aux photos d’épreuves (merci photobreton !) la fine équipe avec qui j’ai passé la ligne d’arrivée, ce qui me classe 64ème sur 350 engagés. Si j’ôte les 1:30 de glande au départ avant la ligne alors que je pensais qu’on était au puçage réel et non pas à un puçage collectif de peloton en mode course (à l’inverse de la marmotte), je boucle 55-58ème. Pour une première prestation, avec la cheville, les bronches, le jetlag, et l’impossibilité de rouler avant j’étais plutôt content. Le coeur a bien compensé le manque de puissance strict, tout est passé en vélocité et en tactique de course.

En regardant le classement, j’ai aussi confirmé un doute que j’avais eu sur la ligne de départ, notre Jaja national était bien sur l’épreuve ! Il boucle la montée de l’alpe en 51:10, ça fait plaisir de se dire qu’on a monté que 3:30 derrière un vainqueur du tour d’Espagne 🙂 Il termine en 38ème position de l’épreuve, preuve s’il en est que les plateaux sont relevés sur ces épreuves de l’Oisans.

Montée Viel Alpe Jaja

Au final partir en dernière position m’aura bien mis en confiance pour rouler en peloton, et surtout, le fait de n’avoir fait que dépasser des cyclistes plutôt que de se faire dépasser a eu un bon effet galvanisant. L’objectif l’an prochain sera de partir cette fois en tête de peloton et de viser un top 10-20. J’aurais envoyé dans les 327 Watts de moyenne sur l’épreuve tout en sachant que je suis capable de faire mieux quand les astres sont alignés. Je devrais arriver en bien meilleure forme l’an prochain.

Puissance moyenne

 

John JEAN – Descente Villard Reculas

 

John JEAN – Portion plate

Laurent Jalabert – Montée de l’Alpe

Voilà une petite contribution sur le fonctionnement de cette course. Lire quelques témoignages m’a bien aidé lors de ma préparation, je trouvais donc ça normal de participer 🙂

2 Commentaires Prix des rousses 2017 – Récit

  1. Jean

    Bravo frero, t es un champion !!! Courage nous sommes fiers de toi ! Bonne continuation ! Bisous merci pour les infos

    Reply

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *